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TU VOIS CE QUE JE VEUX DIRE ?

 

En faisant un peu de rangement chez moi ces derniers jours, je suis tombe sur un classeur de 1972.

J'avais alors cinq ans. Or, entre cinq et huit ans, je dcouvrais tout la fois deux nouveaux pays (la Hollande et la France), quatre nouvelles langues (hollandais, franais, anglais et allemand) ainsi que des prjugs stupides et la passion du dessin !

Un colt pour une fille ou la "leon de prjug" la maternelle

En 1972, j'allais l'cole maternelle d'un petit village de Hollande. Je dbarquais de l'le o j'tais ne et o j'avais vcu avant cela : Taiwan. Je n'aimais pas les ptisseries ( part la tarte aux pommes de ma grand-mre) et je prfrais jouer aux petites voitures qu'aux poupes.

C'est pourquoi j'ai reu un magnifique dguisement de shrif avec un colt ptards pour mon anniversaire ! C'est moi qui l'avais choisi, et c'est avec fiert que je racontais a mes camarades. Sauf qu'un petit garon de ma classe a refus de me croire. Il tait formel : les filles ne pouvaient pas recevoir ce genre de jouets! Ce qui m'a vex le plus a t de me faire traiter de menteuse pour une raison aussi arbitraire !

C'est d'ailleurs en souvenir de ce pistolet ptards que cette rubrique s'intitule "des colts et des roudoudous" !

Peu de temps aprs, arrive en France, je me faisais traiter de "Chinetoque" la rcr parce que mon pre "s'occupait de Chinois" (il tait sinologue), alors que j'avais les yeux bleus, les cheveux blonds et une peau de rousse !

L'ide que "l'on ne voit ce que l'on croit" est progressivement devenu pour moi un crdo, encore valable aujourd'hui.

Dessiner et redessiner

Entre cinq et six ans, je cherchais rsoudre en dessin le problme de ce que l'on voit et de ce que l'on ne voit pas : les cheveux qui tombent dans le dos (donnant de magnifiques princesses barbe), des personnages "de face et de dos", voire le squelette sous la peau et les habits...

 johanna schipper

Dans mon classeur, j'ai gard un dessin que je considrais alors d'emble comme mon chef d'uvre... Je me suis toujours souvenue de ce dessin fait cinq ans et demi et que j'ai voulu "redessiner en mieux" deux ans plus tard sans vraiment tre convaincue du rsultat. Mme 40 ans plus tard, je trouve le premier dessin beaucoup mieux!

 johanna schipper

Je souponnais qu'il existait un tat intrieur qui permettait de russir ou de rater un dessin... Un "tat de grce" que j'ai si souvent cherch et perdu ensuite, parfois cause du doute, de la colre ou du dsir de me conformer des attentes prsupposes du monde extrieur. Parmi ces attentes prsupposes, il y avait le dsir d'tre une "vraie" fille (et plus tard une vraie femme), les injonctions scolaires (dessiner la craie de cire), et les prjugs professionnels vhiculs au dbut des annes 1990 par certains auteurs de BD enseignants aux Beaux Arts d'Angoulme (dessiner au rapidographe...).

Dans le registre qu'on qualifierait aujourd'hui de "girly", il y a eu la dcouverte entre six et sept ans de l'extase que provoquait chez moi l'association d'un certain rose et d'un certain vert clair. johanna schipper

C'est aussi cet ge que je faisais mon premier fanzine, avec un dessin d'un rouleau recourb que je venais d'apprendre et qui me galvanisait totalement.

 johanna schipper

C'tait encore six ans que je m'essayais mes premiers rendus en perspective.

 johanna schipper

tats d'me et explorations

partir de sept ans, mes dessins devenaient plus conceptuels.

J'explorais les possibilits de la "pixellisation" sur feuilles carreaux et je faisais un autoportrait aux amoureux... johanna schipper

 johanna schipper

Je me reprsentais avec une cicatrice au front. Ce dtail permettait de me reconnatre car j'tais tombe sur la tte tant bb. Aprs dix huit ans, ce sera une autre cicatrice qui deviendra ma signature : l'il cyclope est n de la perte de la vision d'un il dans un accident...

L'amour ! La grande affaire de ma vie... Dans ce classeur des dessins plus tardifs sont venus en recouvrir d'autres.

La "princesse qui pleure" est un nouveau gimmick qui apparait entre huit et neuf ans, sans doute cause de ma mre qui pleurait sans qu'il n'en soit jamais rien dit la maison.

 johanna schipperLes problmes familiaux et les difficults d'adaptation ce nouveau pays qu'tait la France sont lisibles travers mes dessins. Les histoires que j'inventais se finissaient mal : tout le monde mourait systmatiquement. Les agneaux se faisaient dvorer par les loups et je faisais des cauchemars rptition (entre autres, ceux que j'ai racont dans les Phosfes)...

l'cole Rudolf Steiner o j'tais scolarise, on m'obligeait dessiner avec des craies de cire et je vivais cela comme une rgression.  johanna schipperCela correspondait une volont pdagogique que j'ai mis des annes comprendre et accepter. J'entretenais avec mon classeur un sentiment d'amour-haine : il contenait des dessins que j'adorais mais qui taient fait avec les outils "peu nobles" (feutres, stylos, crayons aux pointes aiguises).

Heureusement, c'est aussi cet ge que je me suis promis de consacrer une partie de ma vie future l'exploration psychique ! J'y vois l'une des raisons de mon intrt pour le chamanisme comme exploration de divers tats modifis de conscience*.

* en rfrence aux crits de Timothy Leary et Laurent Huguelit

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